2009 : Année « Auger de Gogenx »

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700ème anniversaire d’un abbatiat

En 2009, l’Association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur de l’Abbaye de Lagrasse (A.S.M.V.A.L.) souhaite fêter le 700ème anniversaire de la fin de l’abbatiat du grand réformateur et bâtisseur que fut Auger de Gogenx (1280-1309). Pour commémorer cet événement, trois journées culturelles sont consacrées à cette illustre figure.

Samedi 14 février

- L’Abbaye de Lagrasse à l’arrivée de l’Abbé Auger.
Claudine Pailhès, Directrice des Archives départementales de l’Ariège
- Le gisant de l’Abbé Auger et la sculpture funéraire en Languedoc.
Michèle Pradalier-Schlumberger, Professeur au Mirail
- Les fresques de la Chapelle Saint Barthélémy.
Sandrine Junca, doctorante, Université de Perpignan

Samedi 16 mai

- L’abbatiat d’Auger de Gogenx.
Jean Blanc, Attaché à la conservation du patrimoine
- Le missel de l’Abbé Auger.
Anselme Gribbin, docteur en histoire, Cambridge
- Lagrasse autour d’Auger de Gogenx : nouvelles recherches sur l’architecture de l’abbaye.
Nelly Pousthomis & Andréas Hartmann-Virnisch, PCR Abbaye de Lagrasse

Samedi 17 octobre

- Le cloître de l’Abbé Auger.
Carine Rizzardi, doctorante, Paris I Panthéon-Sorbonne
- Le temporel de l’Abbaye de Lagrasse au travers des chartes de l’abbatiat d’Auger de Gogenx.
Henri Barthès
- Les armes de l’Abbé Auger.
Matthieu Dessachy, Directeur de la Médiathèque d’Albi

Résumés des conférences

« L’abbaye de Lagrasse à l’arrivée d’Auger de Gogenx »

Claudine Pailhès, diplômée de l’École nationale des Chartes, conservateur en chef du patrimoine, directrice des Archives départementales de l’Ariège, enseignante à l’Université de Toulouse-Le Mirail (Département Archives et Médiathèque). Elle a réalisé sa thèse d’École des Chartes en 1976, publiée en 2000, sur « Les actes de l’abbaye de Lagrasse, 1117-1279 ».

La grandeur et le prestige qui vont être la marque de l’abbatiat de l’abbé Auger témoignent d’une sérénité et d’une prospérité retrouvées pour la grande abbaye languedocienne. L’histoire des Bénédictins de Lagrasse au XIII° siècle fut en effet des plus difficiles : une crise financière et domaniale déjà présente à la fin du XII° siècle, les conséquences de la Croisade contre les Albigeois et des confiscations qui en ont découlé et qui ont touché le temporel abbatial, un conflit juridique d’une demi siècle avec le roi de France émaillé de la production de faux, une profonde crise morale qui aboutit à l’exil de la plupart des moines et à la démission d’un abbé…

« Le gisant de l’abbé Auger et la sculpture funéraire en Languedoc »

Michèle Pradalier-Schlumberger, professeur honoraire d’histoire de l’art médiéval à l’Université de Toulouse-Le Mirail, présidente de la Société archéologique du Midi de la France. Elle a mené des recherches sur l’art gothique dans le Midi, surtout la sculpture et l’enluminure, et publié sa thèse en 1998, « Toulouse et le Languedoc, la sculpture gothique (XIIIe -XIVe siècle) ».

L’abbaye de Lagrasse possède le buste d’une statue gisante qu’on peut attribuer à l’abbé Auger de Cogenx (1280-1309). Repéré pour la première fois dans l’ancien dépôt lapidaire de l’abbaye, il est actuellement présenté dans une galerie du cloître. Taillé dans du grès gris, cassé en trois morceaux, le gisant a fait l’objet d’une importante restauration en 2008. Pour des raisons stylistiques, ce fragment s’inscrit bien dans l’art funéraire de la fin du XIIIe siècle, début du XIVe siècle. Les exemples les plus anciens de gisants datent, pour le Languedoc, du milieu du XIIIe siècle, et cette technique très particulière s’est développée à la fin du XIIIe siècle à Toulouse et à Narbonne. Le gisant de l’abbé Auger, par son luxe décoratif, annonce les somptueux tombeaux d’évêques produits au XIVe siècle par l’atelier toulousain du Maître de Rieux.

« Les fresques de la chapelle Saint-Barthélémy »

Sandrine JUNCA, doctorat Lettres et Sciences Humaines, Université de Perpignan Via Domitia, Attachée temporaire d’enseignement et de Recherche en Histoire de l’art médiéval et Archéologie médiévale, Université de Perpignan Via Domitia.

L’abbaye Sainte-Marie-D’Orbieu de Lagrasse conserve l’un des plus prestigieux vestiges de peintures murales médiévales de l’Aude. Ces fragments se situent à l’intérieur de la chapelle Saint-Barthélemy, édifiée par l’abbé Auger de Gogenx en 1296, comme l’indique une inscription sur le linteau de la porte d’entrée. Elle s’étend sur deux niveaux. Tout d’abord, la chapelle basse où il reste des traces de peintures murales dans l’embrasement des soupiraux. Puis, la chapelle haute qui abrite différents vestiges. Premièrement, le vestibule où sur les parois sont sauvegardés les restes d’un décor à motifs géométriques. Ensuite, l’intérieur de la chapelle, où les murs ouest et est principalement, ont conservé en partie le décor de peintures murales. À l’ouest, le “Jugement dernier” est peint en quatre registres horizontaux. À l’est, est représenté “L’arbre de Vie” en sujet unique occupant tout l’espace. Nous verrons avec plus de précision l’iconographie de ces magnifiques peintures, que nous avons toujours la chance de pouvoir observer, 700 ans après leur réalisation.

« L’Abbatiat d’Auger de Gogenx »

Jean Blanc est Historien de formation, il a réalisé sa thèse de doctorat sur l’Abbaye de Lagrasse ainsi que de nombreux articles sur le sujet. Il est actuellement chargé de Conservation aux Archives départementales de l’Aude.

Auger de Gogenx est l’un des plus illustres abbés de Lagrasse, grand réformateur il a aussi laissé son empreinte dans l’architecture. Jean blanc, au travers de divers chartes et sources écrites découvertes récemment, retrace la vie, autant que les documents nous le permettent, de cet homme d’une grande envergure régionale.

« Le missel de l’abbé Auger »

Anselm Gribbin est docteur en histoire de l’université de Cambridge. Il a réalisé sa thèse de doctorat sur les prémontrés anglais au haut Moyen-Age. Ses travaux sur la liturgie carthusienne ont été publiés dans les Analecta Cartusiana. Il a édité plusieurs manuscrits liturgiques et en même temps poursuivi des travaux sur le monachisme, la liturgie et l’histoire ecclésiastique du Moyen-Age en Angleterre et en Ecosse. Il est entré dans l’ordre de Prémontré et enseigne dans le collège dépendant de l’abbaye de Tongerloo dont il dépend.

Cette conférence va explorer le fascinant missel de l’abbé Auger qui est conservé actuellement à la British Library à Londre. Le Docteur Gribbin replace la naissance de ce missel dans son contexte historique, particulièrement l’achèvement et la vision de l’abbé Auger dans l’Abbaye de Lagrasse. D’autres aspects seront étudiés, les magnifiques enluminures du missel, les sources liturgiques utilisées pour le construire, et les particularités liturgiques rencontrées dans le calendrier et les célébrations liturgiques. Ce missel comporte un intérêt important pour la vie liturgique de la communauté monastique de Lagrasse entre la fin du XIIIè siècle et le début du XIVè.

« Lagrasse autour d’Auger de Gogenx : Nouvelles recherches sur l’architecture de l’Abbaye »

Nelly Pousthomis a réalisé sa Thèse de doctorat en Histoire de l’art sur « L’abbaye de Sorèze (Tarn) ». Elle est professeur d’histoire de l’art et d’archéologie médiévales, à l’université de Toulouse-Le Mirail. Présidente du Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc (Carcassonne), elle dirige la revue « Archéologie du Midi Médiéval ». Partenaire dans le projet de Programme Collectif de Recherche sur Lagrasse (Aude) : l’abbaye, le bourg, le terroir. Étude archéologique et historique : PCR qui réunit 3 universités (Aix-Marseille-LAMM, Montpellier 3 et Toulouse 2/Traces-Framespa).

Comme l’indique le titre de cette conférence, l’œuvre de l’abbé Auger de Gogenx apparaît, dans l’histoire de l’abbaye de Lagrasse, comme un élément qui témoigne, certes, d’une idée de monumentalité à l’image de la grande architecture gothique de son temps, mais qui, pour l’archéologue, n’est qu’une des pièces d’un puzzle complexe qu’il tente de reconstituer dans sa globalité. De l’observation fine des matériaux et des traces de taille sur la pierre au relevé topographique qui révèle les différences d’orientation des bâtiments, c’est tout un travail d’équipe qui s’attache à renouveler la compréhension et la connaissance du monument, qui aideront à sa restauration et à sa mise en valeur. C’est donc une recherche collective en marche qui sera présentée, avec les questionnements qui l’animent (comme la définition et la place de l’œuvre d’Auger dans l’ensemble monastique) et les méthodes déployées pour tenter d’y répondre.